Iphigénie au destin tragique

Je voulais offrir aux enfants un nouveau chat pour Noel… Mais un chat n’est pas un objet de supermarché que l’on achète sur commande. Il faut savoir qu’un chat n’est normalement disponible qu’à l’âge de trois mois, âge auquel il est à la fois sevré et socialement prêt à être séparé de sa mère.

La perte d’Ophélie, ma si belle et si gentille angora noire, m’avait beaucoup affectée et les enfants, habitués depuis des années à sa présence, demandaient un chat. Sachant que certains chats ne font pas toujours bon ménage avec les jeunes enfants, je me suis documentée sur les races alliant beauté et gentillesse. J’ai opté pour un birman. Je rêvais en effet de ce chat quasi mythique dont les gants blancs avaient, selon la légende, capté l’intelligence et la sagesse d’un moine de Birmanie… (voir le chat sacré de Birmanie, un compagnon aussi beau qu’adorable)

En fait je préférais une chatte, peut-être par habitude… peut-être parce que je m’étais davantage attachée à Ophélie qu’aux deux petits mâles (Coucou et Cachou) de ma vie précédente.

Je me mis en quête de filières pour accéder à des élevages, à travers les associations (Anabi en l’occurence) et dénichai dans une lointaine banlieue une ravissante sacrée de Birmanie seal point. Je la réservai en octobre et elle arriva chez nous en novembre 1993 à l’occasion des six ans d’Annabelle.

L’ayant réservée assez tôt, je pus choisir son nom, qui devait commencer par la lettre I puisqu’elle était née en 1993. En évitant les prénoms de fille comme Isabelle ou Isaure, pas facile de trouver un nom en I. La combinaison de l’histoire et de la littérature me donna une idée : Iphigénie! Et comme c’était un peu long … Ifi ou Hi-FI (à l’époque Ifi n’avait pas encore la connotation coercitive actuelle et la Hi-Fi avait bonne presse !)

Je ne pense pas que son nom soit à l’origine de son destin tragique à venir… mais sait-on jamais…

Arriva donc à la maison une adorable boule de poils blancs d’où émergeaient museau pattes et queue marron foncé, avec ces magnifiques gants blancs et ces éperons qui caractérisent la race.

J’accueillais pour la première fois un chat à pédigrée: Iphigénie de Great Whale . Une chatte encore, car j’avais envie de faire vivre aux enfants une expérience éducative irremplaçable : la naissance de chatons. Et à pédigrée car, ce genre de chat étant assez cher, il est possible, en vendant des petits, de recouvrer partiellement son investissement, sans pour autant se lancer dans une activité d’élevage. Sans compter les difficultés que l’on peut rencontrer pour caser des chatons “de gouttière”!

Iphigénie fut accueillie à la maison à la fois comme la princesse qu’elle était et comme le cinquième enfant dernier né de la famille !

Avec Alice et Annabelle
Avec Grégoire
décembre 1993 dans notre appartement rue Leverrier
Iphigénie sous l’arbre de Noel (déc 1993) à 5 mois …

Dès qu’Iphigénie eut 18 mois, je me mis en quête d’un beau mâle, un “champion international” pour lui donner des petits.

Un magnifique birman blue point (retrouver son nom …)

Et à la rentrée de septembre 1995, pour les dix ans d’Alice, naissaient trois chatons : Litchee (blue point) dont nous fîmes cadeau à Alice, Léo (blue point) qui fut donné à une amie et une petite chatte seal point que l’éleveuse du mâle obtint en échange de la saillie.

Je n’étais bien évidemment pas rentrée dans mes fonds, mais quel bonheur de vivre en famille avec ces bébés chats !

Iphigénie et ses trois chatons de la première portée

Le temps passa, Litchee faisait partie de la famille mais nous avons dû nous en séparer vers ses deux ans, car il ne s’adaptait pas à la vie en appartement (voir son histoire)

Litchee et Leo ouvrant placard et tiroirs

Depuis mi 1996, je m’étais séparée de mon compagnon Erik, qui nous avait habitués à passer des vacances en famille dans son petit appartement de Cabourg. Je ne m’étendrai pas ici sur les raisons de cette séparation, qui a bien évidemment attristé les enfants, quoique moins que nos disputes récurrentes. Erik adorait le rapport de force. Que je déteste. Mais je n’étais pas pour autant prête à me laisser écraser…

J’avais un nouveau compagnon avec lequel je pensais pouvoir reconstruire ma vie. Mais nos relations n’étaient pas faciles. Il avait lui même trois enfants dont deux chez lui et mes enfants l’acceptaient mal.

Cet homme, appelons le Patrice, était l’opposé d’Erik. Après les tentatives permanentes de domination du père de mes enfants, peut-être avais-je besoin de quelqu’un de plus doux, voire de plus fragile. Mais cette douceur était teintée en permanence d’ambiguïté. Il critiquait mes amis, mes choix, et m’éloignait de la plupart de mes fréquentations. D’ailleurs, mes amis ne l’aimaient pas. Je mettais cela sur le compte de la jalousie car j’étais très amoureuse. Mais je sentais qu’il me cachait des choses et le vivais mal.

Il m’arrivait même de pleurer quand je ne me sentais pas suffisamment soutenue ou même directement critiquée! Heureusement ma chatte Iphigénie venait tendrement me consoler en ronronnant dans mes moments de doute.

Litchee était parti à la campagne chez notre ancienne nounou. Alice avait mal vécu cette séparation et pleurait le départ de son chat, son “cadeau”. Une nouvelle portée était donc tout à fait d’actualité.

Hifi avait déjà quatre ans passés et le temps était venu de lui faire faire une seconde portée. Toujours avec un champion ! Cette seconde portée naquit début 1998 avec 4 chatons : Ophélie, Othello, Opaline et Oscar . Cette fois nous en vendîmes deux ! et nous devions juste garder Ophélie (baptisée ainsi l’année des O en souvenir de ma première Ophélie la noire).

Hi fi et sa seconde portée
Les petits monstres

C’est là que le destin tragique d’Iphigénie arriva, hélas !

Les bébés étaient tout juste sevrés, pas encore adoptés. Ayant fini de rembourser l’emprunt sur mon appartement parisien, je venais d’acheter une maison sur la côte normande, à Villers sur mer, avec une part importante de crédit bien sûr. Je tentais de la retaper et de l’aménager pendant mes week-ends. Nous avions cette fois, à la demande des enfants, emmené Hi Fi et ses bébés.

Ce week-end d’avril 1998 fut fatal à notre chatte. En effet, au retour à Paris le soir tard, elle était abattue et ne mangeait pas. Le lendemain matin, je la conduisis chez le vétérinaire qui diagnostiqua un empoisonnement à … la mort aux rats, que nos vendeurs de la maison avaient cachée dans un coin sans que nous nous en doutions. Malgré tous les antidotes, il a été impossible de la sauver. Ces produits ne pardonnent pas et nous ignorions évidemment non seulement qu’ils étaient présents dans la maison, mais aussi que notre chatte les avait mangés. Heureusement, elle n’allaitait plus et les bébés n’y avaient pas touché.

Comme je le disais, nous ne devions garder avec nous qu’Ophélie, pour remplacer un peu Litchee. La mort d’Hifi remit en question cette décision, car il semblait dès lors raisonnable de garder deux bébés. Ce ne fut pas moi qui choisis mais un des chatons, au retour de week-end, qui s’échappa du panier et s’installa sur mes genoux alors que je conduisais. Il ne bougea pas pendant deux heures et ronronna autant que la Volvo !

C’est ainsi que débuta l’histoire d’Othello, dit Grosloup, un des chats qui ont le plus compté dans notre vie, et ce pour toute la famille.

Othello et sa soeur Ophélie qui allaient eux même avoir des bébés plus tard… A suivre